Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 10:05
Il y avait des lettres et des mots que je tentais d'associer avec plus ou moins de bonheur. D'abord pour mon petit plaisir égoïste, car j'ai toujours aimé raconter des histoires. Plus tard pour essayer de créer le plaisir chez ceux qui pouvaient me lire. Avec le temps et l'expérience on s'améliore légèrement, au point de faire des essais pour déclencher certaines émotions précises chez les autres, avec plus ou moins de bonheur.

Et bientôt une constatation s'impose : c'est la suite que l'on me demande à chaque fois. Comme si quelques lignes ou quelques pages ne suffisaient jamais à rassasier les lecteurs. Au départ on se prend pour Sisyphe et son rocher, on se dit qu'on ne parviendra jamais à cet accomplissement auquel on aspire. On soigne le style, on choque... rien à faire, ce n'est jamais suffisant.

Et puis, il suffit d'un soir, tard, ce moment un peu étrange où la fatigue change les perceptions, pour qu'une idée un peu folle germe. Il faut vite la saisir pour éviter que dans la lueur du matin elle ne semble trop déraisonnable pour être exploitée.

Et si finalement j'étais faite pour écrire des feuilletons ?

La technologie le permet. Inspirons-nous de ces dessinateurs talentueux capables de publier en ligne une planche par semaine. Mes gribouillages sont plutôt médiocres, mais pourquoi ne pas en faire de même avec mes textes ?

Le défi me semble intéressant à relever. N'attendez pas de traités sérieux ou de dissections de l'actualité. Je n'ai de goûts que pour le futile et la fantaisie.
Et j'écrirai donc un texte par semaine, plus si l'inspiration m'accompagne. Une histoire suivie que je déviderai au fur et à mesure sur cette toile virtuelle.

Bonne lecture.


KaleeSha, feuilletoniste de coeur
Par KaleeSha - Publié dans : Etat des lieux
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Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 13:04

Une fine brume voilait par instant la lumière de la lune, pour en occulter sa froide clarté. La légère brise pénétrant par la fenêtre ouvragée, animait les voilages d'un mouvement lent et régulier.

Un changement de lumière ou un souffle d'air plus frais réveilla en sursaut la jeune fille pelotonnée au centre du grand lit de chêne. Elle ouvrit les yeux, oppressée tout à coup. Refermant sa main fine sur le manche du poignard dissimulé sous son oreiller, elle se leva sans bruit, pour s’approcher de la fenêtre.


Elle resta immobile, observant la distance la séparant du sol. Bâtie à mi-hauteur d’un des séquoias centenaires, leur demeure n’avait rien à craindre d’un rôdeur au sol. Cela paraissait inaccessible. Un nuage passa devant la lune, plongeant la pièce dans la pénombre et une voix rauque chuchota alors à son oreille "Et pourtant je ne vole pas".


Avec un hoquet de surprise, Sherméla fit volte-face, prête à frapper avec son arme. Une main puissante emprisonna brutalement son poignet et un sourire étira les fines lèvres du visiteur.
" Tiens, tiens, mais cette moitié d'humaine pourrait presque être dangereuse ".

Les yeux pourpres de l'elfe noir se plissèrent légèrement. " Il est fort dommage que je n'ai pas plus de temps à te consacrer, je pourrais y prendre beaucoup de plaisir ".

Il eut un nouveau sourire carnassier.


Tordant cruellement le poignet de la jeune fille, il la désarma, et remplaça l'arme inutile par un parchemin roulé, sans la lâcher. Rapprochant son visage du sien, il l'observa quelques instants en silence. " Donne ce message à ton père, je pense qu'il l'attend. "


Il la repoussa brusquement et resserra sa cape sombre autour de lui. " La prochaine fois, peut-être viendrais-je pour toi ", lança-t-il avec un léger rire. Il prononça alors un mot, d'une voix sèche, et disparu.

 

 

La main puissante de l'elfe noir avait laissé des marques sur son poignet qu'elle cherchait vainement à faire disparaître en le frottant, tout en se dirigeant vers la chambre de ses parents.
Arrivée devant la porte close elle hésita, regardant le rouleau de parchemin serré dans sa main. Un mauvais pressentiment lui serrait le cœur dans un étau glacé. Comment aurait-il pu en être autrement, avec un elfe noir comme messager ?


Elle leva la main, prête à frapper, quand la porte s'ouvrit. Sa mère la regardait avec un sourire.
" Shera, ma chérie, tu devrais dormir ", chuchota-t-elle dans la douce langue elfique.

" Je... j'ai un message pour papa. "


L'elfe leva un sourcil, seul signe d'étonnement sur sa pâle figure, et se retourna vers l'intérieur de la chambre pour observer la forme étendue sur sa couche. Elle regarda à nouveau vers sa fille et dit doucement :

" Donne-le moi, je vais lui apporter. Vas dormir maintenant. "


Tendant son front vers les lèvres de sa mère, Sherméla fit demi-tour silencieusement, pour retourner dans sa chambre...

 

 

Par KaleeSha - Publié dans : Sherméla époque 1
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Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /Fév /2009 13:10

Le sommeil la fuyait... Elle revoyait distinctement les yeux de l'elfe, si luisants dans la nuit, et sentait encore son odeur, proche de la rose fanée, doucereuse et un peu écœurante.Que voulait-il à son père avec son message maudit ?

Elle se tournait pour la vingtième fois sur sa couche quand un inhabituel bruit de voix résonna dans la maison endormie. Aussi discrètement que possible la jeune fille sortit de son lit pour se rapprocher de l'escalier et tendit l'oreille.


L'elfe était furieux. Lui d'ordinaire si silencieux criait presque. Il faisait les cent pas dans la pièce centrale et s'arrêtait de temps en temps, l'air menaçant. Il tremblait de rage et lorsque sa sœur approcha une main apaisante de son bras, il sauta en arrière comme mordu par un serpent.


Sherméla entendit alors la voix de son père s'élever, calme et profonde.


" Nous devons y aller, tu le sais. Nous devons trouver ces lames et les ramener ici.

- C'est de la folie ! Vous vous ferez tuer !

- Notre destin est dans les mains des dieux. "


L'elfe devint livide, et agrippa la tunique de l'homme. Une lueur meurtrière illuminait ses yeux en amande. Lentement il posa sa main sur l’épée courte ouvragée qui ne le quittait jamais.


" Humain, tu as déshonoré ma sœur, mais tu ne l'emmèneras pas se faire tuer par delà les mers ! "


Dew se suspendit au bras armé de son frère, l'empêchant de dégainer sa lame. Sa voix douce et mélodieuse brisa le pesant silence.


"- Je t'en prie, je veux y aller, je le dois. La Déesse Eryn compte sur nous. Et je ne laisserai pas mon époux y aller seul."


L'elfe se tourna lentement vers elle, et articula difficilement :

" As-tu pensé à ta... fille ? "

Dew poussa un léger soupir. Elle regarda tour à tour l'humain et l'elfe, mais déjà on pouvait lire dans ses yeux que sa décision était prise. Elle prit doucement la main de son frère dans les siennes.

" Elle est encore jeune, et je ne peux l'emmener, quand bien même je le voudrais.

- Tu préfères l'abandonner ici ? " Le chasseur fronça les sourcils.

- Je ne la laisse pas seule, je sais que tu veilleras sur elle ", continua-t-elle d'une voix tranquille.

" Moi ! Me charger de cette demie-née ! Jamais ! "


Syrtariel croisa les bras, l'air buté.



Dissimulée dans l'ombre de l'escalier, silencieuse, Sherméla pleurait...

Par KaleeSha - Publié dans : Sherméla époque 1
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Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /Fév /2009 01:46

Les premiers rayons du soleil illuminaient la cime des grands arbres. Au pied du plus haut d'entre eux, un petit groupe faisait ses adieux.

Sa mère la serrait dans ses bras avec émotion :

" Crois en la Déesse Eryn, car Elle est la vie et l'amour, nécessaire à tous les êtres, même les plus malfaisants. La nature est bonne par essence, mais peut être corrompue. Aime-la et elle te le rendra. "


Elle avait souri, alors que son père se penchait à son tour vers elle.

" Que Mannalyr te protège ma fille. Vis dans l'honneur et souviens-toi : si tu ne peux persuader quelqu'un de revenir dans le chemin du bien, il ne te reste qu'à lui apporter une mort rapide. "


L'humain posa un genou en terre pour regarder Sherméla dans les yeux et ajouter :

" Et n'oublie jamais qu'humain ou elfe, nous sommes tous des êtres vivants, à respecter en tant que tels. "


Dew leva gracieusement les bras et incanta un sort. Lentement elle se métamorphosa en une louve grise alors que le guerrier qui terminait d’ajuster sa lourde cuirasse se tournait lentement vers Syrtariel, lugubre et silencieux.


" Je te confie ma fille, mon trésor le plus précieux après sa mère. Veille sur elle. "


L'elfe hocha lentement la tête sans un mot. Le couple partit en courant entre les arbres. Jamais ils ne devaient revenir...



Des larmes, encore... L'elfe se leva, posant doucement ses flèches inachevées. Son ouïe fine percevait les sanglots étouffés. Cela ne pouvait plus durer.

Il entra dans la chambre, plongée dans la pénombre. Sa vision de nyctalope lui permit de repérer tout de suite la jeune fille, cachée sous sa couverture.

Il se campa alors devant le lit, les poings sur les hanches, l'air courroucé.

" Eh bien ?! "


Elle poussa un léger cri de surprise, et s'essuya les yeux avec sa tunique.


"Que se passe-t-il ?"


Elle renifla, prenant un air buté. Il adoucit le ton :

" Dis-moi.

- C'est... les autres.

- Quoi les autres ?

- Ils me disent des méchancetés.

- Hmm n'y fais pas attention, ce n'est pas grave.

- Ils disent que je suis une demie-née ! " Cria-t-elle, rageuse.


Syrtariel accusa le coup, et pâlit sous son hâle. Il s'accroupit lentement, et saisit Sherméla  fermement par les épaules. Sa voix résonna sourdement dans le silence de la nuit.

" Tu es née de l'amour d'un homme et d'un femme. Tu es une personne à part entière. Ne laisse jamais personne te dire le contraire, jamais ! Tu as compris ? "


Elle hocha la tête sérieusement. Il la lâcha. Sur le point de sortir de la pièce il se retourna.

" Tu me suivras demain dans ma chasse. Tu dois commencer à apprendre comment survivre et tuer. "


De retour dans la salle, le chasseur se dirigea vers un coffre qu'il ouvrit. Il se saisit du paquet, préparé par ses soins et dissimulé dans le fond depuis quelques mois. Une dernière fois il vérifia la courbure du petit arc et le tranchant du poignard. Demain, elle aurait à s'en servir.

Par KaleeSha - Publié dans : Sherméla époque 1
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